Undercover Slut -Flèche d'Or, Paris- 19/11/2003
Première partie surprise pour le concert d'Undercover Slut :
Wanda Chrome and the Leather Pharaos. Chainon manquant entre Iggy Pop,
L7 et Supersuckers, cet excellent groupe mené par la charismatique Wanda -
bassiste et frontwoman, chose assez peu courante pour être signalée - distille
un rock'n'roll post-grunge de qualité. A l'heure ou Brody A.(The Distillers)
se pose en modèle ultime de la rebelle punk-rock dans les pages de toute la
presse musicale, il faut dire que ça fait du bien de voir pour
changer une vraie rockeuse qui assure. Chapeau bas, Wanda !
Fin du set de Wanda Chrome and the Leather Pharaos. Un staff impressionnant
de punks old-school investit la scène pour installer le décors du show
d'Undercover Slut. Mannequins blancs aux seins ornées de croix noires entourées
de scotch "hazardous area"de la police US, ordinateurs aux écrans de
papiers arborant divers slogangs tels que "Legalize Abortion",
"Legalize Homicide" ou encore "Legalize Morphine", une grande croix rouge
en fond de scène composent l'univers scénique du groupe. Undercover Slut
jouit d'une réputation sulfureuse soigneusement entretenue : "le groupe ne sait
pas jouer", "ils n'ont fait qu'un seul concert en trois ans", "leur show est
excellent", "ils ont tourné aux USA"... Bref, ce soir la salle bien remplie
accueuille un noyau dur de fans, mais aussi beaucoup de curieux venus en nombre
pour se faire leur propre opinion. Une chose est sûre : ce n'est pas gagné...
Entrée de Mace (batterie) sur scène, puis de 96 (basse/samples) et
Pills (guitare) : maquillages blancs, lèvres rouges sang et habits noirs
sur fond de gros son indus crade. Immobiles, ils font face au public.
Longs gants de vinyl rouge, t-shirt noir portant l'inscription "pariah"
épinglée sur la poitrine, un long pistolet noir sur la tempe,
O fait une entrée théâtrale, se déplaçant en titubant comme un mort-vivant
dandy-glam et décadent. Force est de constater que le côté visuel du groupe
fonctionne d'entrée de jeu.Le groupe attaque son set : le son live est moins
en finesse que sur cd ( sono de la Flèche d'Or ?), mais les titres fonctionnent à merveille. Les morceaux sont assez répétitifs - gros son indus-glam, voix
trafiquée, mais cela s'avère plutôt une qualité par le côté hypnotique
qui se dégage du set : on entre dans l'univers d'Undercover Slut
comme dans un film. Showmens sur le fil du rasoir (leur insigne, par ailleurs),
le spectacle- car le terme de concert en ce qui les concerne s'avère un peu
restrictif- des Undercover Slut oscille entre décadence, glamour et provocation. Grandiloquent et théâtral comme s'il se trouvait devant un parterre de 5000
fans à la Manson, le groupe ose la pose à l'extrême, sans pour autant
paraître prétentieux. Et c'est là toute la grâce d'Undercover Slut. Facile de
faire des shows "à effets" lorsque l'on dispose d'énormes moyens,
avec une major qui finance les décors les plus extravagants et les
costumes les plus magnifiques dans des salles énormes remplies de fans.
Moins faciles sur une petite scène comme la Flèche d'Or, avec ses lightsµ
minimales et son absence de distance avec le public à qui n'échappe pas
le moindre problème d'accessoire qui ne fonctionne pas ( mégaphone capricieux,
fil de micro emmêlé...),ou tout cela pourrait aussi bien tomber dans le
ridicule.Comme les New-York Dollsen leur temps, les Undercover Slut
prennent ces risques, les assument et entriomphent. Amateurs de glam-indus
décadent, si Johnny Thunders - maître absolude la grâce sur le fil du
rasoir- vous manque, ne ratez pas le prochain concert d'Undercover Slut.
Daisy Red